« Je fume parce que ça me détend » est la phrase la plus répandue chez les fumeurs, et l'une des plus contredites par les données. Le tabagisme augmente le niveau de stress. Voici pourquoi la sensation inverse est si convaincante.
La sensation est parfaitement réelle : après quelques bouffées, la tension baisse. Mais ce que la cigarette soulage, ce n'est pas votre stress : c'est le manque de nicotine qu'elle a elle-même installé.
Le cycle est le suivant. La nicotine atteint le cerveau en quelques secondes et fait retomber les symptômes de sevrage accumulés depuis la cigarette précédente. Son effet s'estompe en une à deux heures. Réapparaissent alors irritabilité, tension et difficulté à se concentrer, qu'on attribue naturellement aux circonstances extérieures. La cigarette suivante les soulage à son tour, confirmant la croyance. Et ainsi de suite, quinze à vingt fois par jour.
Un fumeur n'est pas quelqu'un qui se détend en fumant. C'est quelqu'un qui passe sa journée à réparer un inconfort qu'il s'inflige. Un non-fumeur, lui, n'a tout simplement jamais ce niveau de tension à réparer.
S'ajoute un élément physiologique que beaucoup ignorent : la nicotine est un excitant. Elle accélère le rythme cardiaque et élève la tension artérielle. Sur le plan strictement physiologique, elle fait exactement le contraire d'un anxiolytique.
La référence sur ce sujet est une méta-analyse publiée dans le British Medical Journal en 2014. Elle compare l'état psychologique des personnes qui ont arrêté de fumer à celui des personnes qui ont continué. Les résultats vont tous dans le même sens :
| Dimension | Effet de l'arrêt |
|---|---|
| Anxiété | Diminution |
| Dépression | Diminution |
| Stress | Diminution |
| Symptômes mixtes anxio-dépressifs | Diminution |
| Humeur positive | Amélioration |
| Qualité de vie psychologique | Amélioration |
Les auteurs soulignent que l'ampleur de ces effets est comparable, voire supérieure, à celle des antidépresseurs dans le traitement des troubles anxio-dépressifs. Et ces bénéfices ont été observés y compris chez des personnes présentant des troubles psychiatriques.
La nuance qui compte : ces résultats portent sur l'état à moyen terme, après un arrêt réussi. Ils ne contredisent pas l'anxiété transitoire des premières semaines de sevrage, qui est bien réelle. Il faut passer par cette phase pour arriver de l'autre côté. Ce n'est pas un argument contre l'arrêt, c'est une raison de s'y préparer et de se faire aider.