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1 fumeur sur 2 meurt du tabagisme

J'ai craqué et fumé une cigarette : que faire ?

D'abord ceci : vous n'avez pas tout perdu. Une cigarette isolée porte un nom en tabacologie : un faux pas. Et ce n'est pas la même chose qu'une rechute. La différence entre les deux se joue dans l'heure qui suit.

Faux pas et rechute : deux choses différentes

La Haute Autorité de santé distingue explicitement les deux notions :

  • Le faux pas : « prise isolée de tabac chez un sujet abstinent ».
  • La rechute : « reprise non souhaitée de l'usage quotidien après une période d'abstinence volontaire ».

La HAS recommande aux professionnels de santé de distinguer l'un de l'autre et de dédramatiser le faux pas, en le présentant comme « une étape éventuelle vers la réussite ». Ce n'est pas de la bienveillance de façade : c'est une recommandation clinique, parce que la façon dont on interprète cette cigarette détermine largement la suite.

Le piège : l'effet de violation de l'abstinence

C'est le mécanisme que la HAS identifie comme le vrai danger. Il se déroule toujours de la même façon : on fume une cigarette, on se dit « c'est fichu, j'ai tout gâché, je n'y arriverai jamais », et cette conclusion (bien plus que la nicotine de cette cigarette) déclenche la reprise complète.

La cigarette isolée ne recrée pas une dépendance. C'est l'histoire qu'on se raconte après qui fait la rechute.

Tabac info service le formule sans détour : « Mettez ces cigarettes fumées entre parenthèses et considérez-la comme un accident de parcours. Point. » Et précise : « Ce qui pourrait mettre votre sevrage en péril, c'est d'en fumer encore. »

Quoi faire, concrètement

  1. Ne pas en fumer une deuxième. C'est la seule décision qui compte vraiment dans l'heure qui suit.
  2. Jeter ce qui reste, le paquet, le briquet. Ne rien garder « au cas où ».
  3. Analyser la situation déclenchante. Où étiez-vous, avec qui, dans quel état ? Colère, alcool, fatigue, ennui, soirée ? Cette information vaut de l'or : elle vous dit exactement quelle situation préparer différemment la prochaine fois.
  4. Vérifier votre dosage. Un faux pas est souvent le symptôme d'un substitut sous-dosé. Si les envies restent fortes au quotidien, le problème n'est pas votre volonté.
  5. Utiliser un substitut oral en secours (gomme, pastille ou spray) au moment où l'envie remonte. Tabac info service parle de « roue de secours », l'image est juste.
  6. En parler. Le 39 89 est gratuit et existe précisément pour ces moments-là.

Les vrais chiffres de la rechute

Autant les connaître : ils sont durs, mais ils déculpabilisent.

  • Environ 75 % des fumeurs abstinents à 4 semaines ont rechuté à un an, la majorité des rechutes se produisant dans les six premiers mois.
  • Le risque s'effondre ensuite : de 2 à 4 % par an entre la deuxième et la sixième année, puis moins de 1 % après dix ans.

Combien de tentatives avant de réussir ?

Ici les sources divergent franchement, et il faut le dire. Selon la méthode de calcul, l'étude de référence sur le sujet aboutit à des estimations allant de 6 à plus de 140 tentatives. Les auteurs retiennent comme la moins biaisée l'estimation d'environ 30 tentatives et concluent que « pour beaucoup de fumeurs, il peut falloir trente tentatives ou plus avant de réussir ».

Pourquoi les chiffres bas (« 6 à 8 tentatives »), souvent repris en France, sont-ils probablement faux ? Parce qu'ils reposent sur le souvenir d'ex-fumeurs qui ont réussi, c'est-à-dire, mécaniquement, sur ceux à qui il a fallu le moins d'essais.

La lecture utile de ces chiffres n'est pas « c'est désespéré ». C'est : l'échec d'une tentative est la norme statistique, pas une anomalie personnelle. Chaque tentative vous apprend une situation déclenchante de plus. Ceux qui finissent par arrêter ne sont pas ceux qui ont réussi du premier coup : ce sont ceux qui ont recommencé.

Questions fréquentes

Combien de temps avant de « redevenir » dépendant ?
Il n'y a pas de seuil précis. Ce qui se réinstalle vite, c'est le réflexe comportemental, le geste, l'association avec le café ou la pause. Raison de plus pour ne pas laisser un faux pas se répéter deux jours de suite.
Faut-il repartir de zéro dans le compte des jours sans fumer ?
C'est une question de ressenti, pas de médecine. Si repartir de zéro vous décourage, ne le faites pas : notez simplement le faux pas et continuez. Le bénéfice pour la santé, lui, ne se remet pas à zéro pour une cigarette.
J'ai rechuté complètement, quand puis-je réessayer ?
Quand vous voulez, y compris tout de suite. Il n'y a aucun délai à respecter et aucune raison d'attendre janvier. Ce qui change les chances, c'est d'y aller cette fois avec un substitut correctement dosé et un accompagnement.
Est-ce que l'alcool augmente le risque ?
Nettement, oui. L'alcool lève les inhibitions, et la soirée arrosée est le contexte de faux pas le plus fréquemment rapporté. Sur les premières semaines, limiter les occasions alcoolisées est une précaution qui coûte peu.